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La violence des villes

De Yves Pedrazzini
 
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    Par Michael Palocsay

    La violence des villes

    Le livre d’Yves Pedrazzini raconte comment et pourquoi la violence est un des maux répandu dans les villes du monde. Il émet l’hypothèse que chaque être Humain produit de la violence dans notre société actuelle et de la même manière que chacun la subit. Bien que son livre parle plus des grandes villes du Sud, on peut transposer son récit dans nos villes, puisqu’une des causes de ces violences est la globalisation du monde. Etant dans un pays riche, nous sommes donc producteurs d’un certain type de violence. L’auteur met en avant et accuse la société néolibérale capitaliste qui globalise, mondialise, modernise notre planète. Dans ce phénomène, il cherche à comprendre comment c’est vécu par les pauvres, principaux individus accusés d’être les auteurs des violences dans les villes, et comment ils sont accusés par la société des dominants (personnes de pouvoir : politique, industriel, bourgeois, classe moyenne, etc.). Pedrazzini profite de son œuvre pour mettre également en avant comment et pourquoi les pauvres sont utilisés à des fins commercial et politique, comme outils de création de l’insécurité.

    Dans son livre, Yves Pedrazzini va tenter de répondre à ses questions qui sont les suivantes. « Qui rend les villes violentes ? Qui est responsable de l’insécurité des villes ? Comment les villes pourraient-elles être moins violente, plus sûres ? » (p.24) Tout au long de son livre, il émet des hypothèses en réponse à ses questions, puis quelques idées afin de remédier à ce qu’il appelle « la violence des villes ».

    Le problème

    Le premier thème mis en avant dans ce livre et qui va être le file conducteur de tout le livre est la société de la peur. Dans notre société, il y a une montée générale de la peur. Les gens ayant de plus en plus peur, ils se protègent de plus en plus, ce qui engendre le cercle vicieux qu’il est facile de deviner. Selon l’auteur, cette montée de la peur fait partie d’une stratégie qu’il va nommer « L’explosion urbaine ». (p. 62) Cette stratégie s’effectue notamment par la réhabilitation de certain quartier autant que par leurs dés-habilitations, nouveau concept social de la ville que nous développerons plus tard. Il met aussi en avant la peur fabriquée par les sociétés de contrôle social, entreprises qui ont un intérêt au fait que cette peur soit palpable. En bref, ce qu’il va relever pour expliquer ses concepts c’est que notre société est en mal, mais qu’elle est aussi aidée, utilisée par des entreprises, des politiques pour que ce mal se fasse sentir. Pour que notre société de consommation et nos modes de vie ne soient pas dérangés et pour que l’on puisse être manipulé à notre insu, on nous fabrique et maintient le sentiment de « la peur », un inconnu visible en la personne du pauvre et non en un inconnu invisible (les terroristes ?). Afin que le bénéfice d’un pouvoir encore plus grand pour ceux qui possèdent déjà le pouvoir on manipule les villes et les habitants de ces villes. En réponses à ses questions, Yves Pedrazzini va partir de ce premier constat pour mettre en avant ses concepts.

    Une des réflexions de Pedrazzini est que les villes sont pensées, donc fabriquées de façon spatiale et non de façon sociale. C’est-à-dire que la ville va partager ses territoires entre population « violente » et population « non-violente » (rappelons nous que chaque individu crée de la violence). Ce qui équivaut à dire une séparation entre personnes riches, « subissant » la violence et personnes pauvres « provoquant » la violence (rôle de violence entièrement inversable et en interaction). Ce sentiment de peur est donc principalement et en premier lieu crée par l’inconnu et par la non-confrontation de ses deux populations l’une avec l’autre.

    La restructuration des grandes villes pour lutter contre ce sentiment de peur rentre aussi dans ce concept « spatial VS social ». On peut transposer les exemples d’Yves Pedrazzini dans des villes plus proches de nous que celles du Sud. Barcelone, grande ville et destination à la mode depuis plusieurs années est peut-être l’exemple Européen type de la théorie de Pedrazzini. Il n’y a pas besoin d’être Urbaniste pour voir la quantité de bâtiment en démolition pour laisser fleurir à leur place des places modernes, lieu d’ouverture où l’on peut enfin respirer et se sentir en sécurité ? Est-ce que Barcelone se dépeuple au point que des bloques de dix immeubles doivent être détruit ou est-ce ce mouvement global, mondial de restructuration des villes, pour construire de la sécurité ? Où vont désormais loger les habitants de ses ex-immeubles populaires ? A qui profitent ces restructurations ? Pour revenir à nos sujets et ceux de Pedrazzini : qui, dans l’exemple cité, crée de la violence ? Les habitants d’immeubles populaires du centre ville, dans des rues parfois étroite et insalubre ou les dirigeants du réaménagement du territoire qui déloge des centaines d’habitants ?

    Dans la construction de ses hypothèses, Yves Pedrazzini parle de Chaos en parlant de la violence de certain quartier. Dans la suite logique de ses réflexions. Il dresse le schéma comme t’elle : le chaos est réalisé par les pauvres alors qu’il est créé par l’urbanisation après avoir été pensé par les politiques. Le résumé da sa théorie serait alors peut-être que les pauvres en plus d’être les victimes d’une société industrielle et capitaliste, ils sont en plus instrumentalisés par des politiques afin de servir la cause qui les desserre tant. Triste destiné dans un monde qui veut faire croire au rêve de l’Eldorado à celui qui est plus débrouillard que les autres. « La ville contemporaine est dangereuse dans la mesure où la globalisation est dangereuse pour la ville, parce qu’elle la divise en fragments antagonistes qui n’auront de cesse de se faire la guerre et qu’elle instrumente pour en tirer de nouveaux profits. » (p. 91)

    « La violence est toujours située dans un contexte social spécifique par rapport auquel elle prend un sens ou un autre et qui l’empêche toujours d’être insensé. Le crime, violent ou non, est forcément contextualisé et c’est son contexte qui donne un sens. » (p. 96) De cette citation, il ressort bien l’idée de Pedrazzini que chacun répand la violence qu’il lui est donné de faire. Le but de cette violence est l’amélioration de la vie du générateur de cette violence. Le dealer qui vit dans la violence se serre de cette violence pour pouvoir survivre (ou mourir) de son travail. Sommes toute la violence n’est qu’un moyen par mis d’autre d’améliorer nos conditions de vie. Nos violences change de tactique suivant que nous sommes riches, de la classe moyenne ou pauvre. Au final, nous sommes tous violents pour les classes sociales ou les individus qui ne vivent pas dans le même contexte, la même réalité du quotidien.

    La solution

    Afin de pouvoir remédier au problème de la violence des villes le premier besoin est de déterminer quelles sont les causes de cette violence avant de s’attaquer aux conséquences. Ce n’est qu’une fois que l’on aura décerné ce qui réellement provoque de la violence que l’on pourra résoudre ce problème. L’auteur pense que les causes de la violence sont plus le manque d’emplois, la police qui se militarise et le racisme que la drogue, le vol et la délinquance. « Tout changement social commence toujours par un changement de perspective des protagonistes et par un changement des énoncés officiels. Leur message et le suivant : « Il faut se souvenir que ce n’est pas nous qui utilisons la violence, mais la violence qui nous utilise »... »(p.213)

    Une des solutions retranscrite par Pedrazzini, qui me touche en tant que futur animateur socio-culturel, est de pousser la population à se réapproprier son territoire. Le but de cet exercice serait de confronter la population avec son environnement afin d’éloigner le sentiment qu’est l’insécurité. En reprenant possession de l’espace l’habitant peut le gérer, l’appréhender et le connaître.

    Redonner de la confiance entre les habitants afin que des actions unies puissent être mené dans les quartiers est également un axe essentiel à développer selon Pedrazzini. La vision dominante de notre monde est de préserver nos intérêts un maximum. Cette dynamique pousse à la défense de la cause personnelle et non celle de la cause commune. Si les habitants ont de nouveau confiance les uns des autres, une communication peut se faire de ce fait une connaissance des besoins de son voisin se met en place avant de redonner un discours commun. N’avons-nous pas tous appris à l’école que l’union fait la force ?

    Selon Pedrazzini, la solution se trouve dans l’écoute. Sans vouloir révolutionner tous un système comme l’avait proposé Karl Marx (d’ailleurs plusieurs fois citées dans le livre) il pense que nous avons tous à apprendre des uns des autres et plus particulièrement les classes dirigeantes des pauvres. Donner aux pauvres la possibilité de participer à l’action publique et à la sociologie urbaine et donner leur point de vue, serait le moyen principal pour changer notre vision du monde et ainsi l’améliorer. Pedrazzini pense même que plus que les pauvres, ce sont les gangs qu’il faut écouter et faire participer au débat d’aujourd’hui. Afin de réellement avoir des solutions à envisager sur la violence, il convient de laisser le pauvre, le gang, parler et ne pas parler à sa place. La difficulté serait peut-être par la suite de faire remonter ces analyses vers un niveau plus général du phénomène urbain. « Il s’agit donc bien de comprendre l’urbanisation du monde à partir de la compréhension qu’en ont les gangs, et non pas d’en rester à une anthropologie de ses gangs. ». (p. 190)

    Afin que la ville devienne un lieu sûr, il faut que la ville soit sûre pour tous. Pour que la ville soit sûre pour tous, la ville doit être la ville de tous.

    Critique de l’œuvre

    Selon moi Pedrazzini fait dans son livre un constat d’une société que l’on connaît. Bien que sa critique soit juste et justifié son discours ne sort pas des discours généraux que l’on entend sur la mondialisation et sur la globalisation. J’ai le sentiment que le discours de ce livre plus que de proposer des solutions réelles demande un monde plus juste et plus équitable avec plus d’écoute et de paix.

    « La ville est une fabrique sociale de la violence et les jeunes des quartiers pauvres en sont les prolétaires sans repos. Ils se battent pour survivre, mais leur luttent les exclut davantage. Qu’a vont nous à leur proposer ? Changer le monde n’est plus une proposition depuis l’enlisement du communisme en Sibérie, il y a soixante-dix ans... Mais peut-on se contenter de changer des petits morceaux du monde ? Peut-on changer la ville ? Des bouts de villes, seulement ? Dans le même temps que le monde devenait la ville, la ville est devenue un monde et on peut donc douter des chances de la transformer. » (p.125)

    Pedrazzini nous dresse une apologie de la violence. Cette violence est plus réelle dans les villes du Sud ou les disparités entre pauvres et riches sont plus grandes que chez nous. Les mécanismes de défense et de société sécuritaire restent les mêmes. Il est vrai que les manipulateurs se trouvent davantage dans les pays du nord, mais est ce que ce sont les manipulateurs qui vont changés de comportement ? Je pense que le seul changement envisageable est un changement par le bas. Pour qu’un changement se fasse par le bas, il faut donner les moyens aux pauvres de se mobiliser et rien dans ce livre n’apporte une solution à ce niveau, puisque l’essentiel des critiques se font sur les gens de pouvoir. Je pose l’hypothèse que les gens de pouvoir sont conscients de ce qu’ils font et qu’ils ont tout intérêt à garder la plus grande partie possible de la population ignorante. En ce sens, ce livre n’aide pas la démarche proposée par l’auteur. L’accès à la lecture de ce livre n’étant pas des plus aisé, il fait un quelque sorte que de la ré-information sans innover, sans donner des clefs de lecture ou des solutions applicables par n’importe quel citoyen.

    Je ne parviens pas à discerner à qui s’adresse ce livre. Aux travailleurs sociaux déjà engagé et conscient de ces problèmes ? A des politiques, qui manipule le monde et qui savent ce qu’ils font et qu’ils n’y changeront rien ? A tout un chacun qui ne peut que déplorer le constat de ce livre sans avoir des clefs en main pour améliorer la situation ? Les thématiques sont intéressante, mais je vois que difficilement une utilisation de ce livre autrement que pour une lecture théorique de ce qu’est le monde contemporain.

    Mise en lien avec le terrain

    Il y a un nombre innombrable de liens que l’on pourrait faire entre le livre et ce que l’on a pu observer sur le terrain à Meyrin. Sans vouloir faire l’étude sociologie de tout Meyrin, je relève le point essentiel, présenté par Pedrazzini comme « la chose » pour un monde avec moins de violence. N’avons-nous d’ailleurs pas relevé dans notre module OASIS que sa marche bien à Meyrin ?

    Le principal point que je souhaiterais soulever est la communication entre les divers acteurs. Les jeunes, bien que souvent stigmatisés, possèdent des points d’écoute et des lieux pour revendiquer. Bien que lors de notre problématique nous avons pu constater qu’ils revendiquaient aussi de façon autonome (avec des actions de jeunes), je ne pense pas que des paroles sur un disque de rap aient les mêmes pouvoirs au niveau du travail politique, social de la commune. Mais nous avons pu observer que la commune de Meyrin communiquait bien avec ses travailleurs sociaux. Que les travailleurs sociaux communiquaient bien avec les jeunes et les autres populations rencontrés. Un relais de la parole se fait entre ceux qui détiennent le pouvoir, ceux qui sont stigmatisés et ceux qui ont peur. Comme le suggère Pedrazzini pour éloigner l’insécurité, il faut faire participer les stigmatisé. « ... ce qu’ils disent n’est pas ce que l’on l’habitude d’entendre... » (p. 191). Ceci permet d’entendre les discours que l’on ne connaît pas et donc de trouver des réponses nouvelles aux problèmes d’aujourd’hui et de demain.