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« Ni Putes, Ni Soumises »
Problématique :
Dans ce livre, Fadela Amara tente de décrire la réalité des jeunes dans les banlieues. Entre les différentes nationalités (elle est elle-même de nationalité algérienne), le chômage, les différences entre les sexes, elle exprime sa vision de la situation actuelle dans une banlieue de Clermont-Ferrand. Elle parle du déclin dû au chômage des pères, auparavant garants du bien-être de leur famille, qui doivent laisser à leur fils la responsabilité de s’occuper des siens. Pour elle, ceci est une des causes de la dégradation de la condition des femmes dans les banlieues. Effectivement, les fils, ayant pris la direction de la famille, se sont alors permis de diriger également la vie de leurs sœurs. En leur saisissant la totalité de leur salaire, ils ont réussi à les rendre totalement dépendantes de leur cercle familial, sans pouvoir y faire quelque chose. Lors de sa jeunesse, elle s’est battue avec d’autres personnes de sa génération, afin de faire reconnaître leurs droits de femmes. Aujourd’hui encore, Fadela Amara continue de lutter pour le respect de la condition des femmes dans les cités. Au travers de son association « Ni Putes Ni Soumises », elle participe à la lutte pour l’égalité sexes. Dans ce livre, elle explique d’ailleurs la marche qu’elle a accompli, accompagnée de plusieurs personnes, à travers toute la France pour se faire entendre et faire connaître la situation actuelle des femmes des cités. Bien qu’elle ait réussi à rallier énormément de personnes, elle déplore toutefois le manque de combat de toute une génération. Elle donne le sentiment d’être parfois déçue que le combat de sa génération n’est pu aboutir à des résultats plus durables.
Concepts-clés :
• La laïcité : L’auteur semble accorder énormément d’importance à ce concept. Selon ce que j’ai pu comprendre, la laïcité pour elle, du moins dans le cadre scolaire, semble être un début de solution. Sans vouloir s’attaquer à l’Islam, elle préconise une interdiction totale de signes religieux, quels qu’ils soient, à l’intérieur des bâtiments scolaires. Elle rejette toutefois l’idée d’une nouvelle loi, de peur que les musulmans ne se sentent d’autant plus lésés. En découle ensuite la fonction du voile. Plus qu’un symbole religieux, il est, pour Fadela Amara, un signe d’oppression et du pouvoir dont jouissent les hommes sur les femmes. Pour elle, il est totalement possible de vivre dans la religion musulmane pour une femme sans devoir porter le voile.
• La sexualité, la virginité « obligée » et la misère sexuelle : L’auteur nous fait part de ses souvenirs concernant la sexualité lors de son adolescence. A cette époque, le sexe était un sujet tabou. Le seul discours lié à la sexualité dont elle se souvient, dans le cadre familial, était qu’une fille réglée, afin qu’elle ne tombe pas enceinte, ne pouvait sortir de chez elle. Toutefois, elles avaient l’occasion de satisfaire leurs questionnements lors du cours d’éducation sexuelle à l’école. Elle déplore aujourd’hui que ces cours ne soient basés que sur la prévention du sida. Selon elle, l’éducation sexuelle des jeunes dans les cités se fait au travers de films pornographiques. Les jeunes en perdent les notions de plaisir et de respect de l’autre. L’absence de mixité fausse également les relations entre garçons et filles. Sans mixité, il est alors difficile de pouvoir entrer en contact et établir une relation. Les filles, partagées entre leur désir et l’obligation de la virginité (par peur de se faire étiqueter d’une mauvaise réputation), cherchent d’autres solutions. Entre relations cachées ou relations sexuelles contraintes (beaucoup pratiquent la sodomie, afin de préserver leur virginité), elles ne sont pas libres de vivre pleinement leur approche de la sexualité. Afin de garder leur honneur au yeux de leur famille, elles acceptent des pratiques qu’elles vivent mal, selon les témoignages recueillis par Fadela Amara. Leur peur de se faire quitter par leur copain si elles ne cèdent pas à leur envie de faire l’amour et leur peur de se faire quitter si elles sont « déshonorées » en n’étant plus vierges créent un paradoxe. Pour y échapper, soit elles subissent des pratiques imposées par leur partenaire, soit elles se marient de plus en plus jeunes. Cette dernière solution leur fait entrevoir la liberté de quitter ce cercle familial oppressant. Souvent divorcées et mères de famille alors très jeunes, elles quittent une vie contraignante pour se retrouver dans une autre. En attendant, elles se scindent en trois groupes : 1. les « soumises », qui subissent la pression des hommes et plient alors à leurs exigences vestimentaires et « de vie » 2. Les « masculines », qui tentent de se faire respecter en adoptant une attitude masculine. Elles s’habillent, se comportent, se battent comme des garçons 3. Les « transparentes », que l’on ne voit pas dans la cité. Elles veulent réussir ailleurs, en dehors de la cité.


Les garçons, quant à eux, sont partagés entre leurs sentiments et le regards des autres. Dans les cités, faire preuve de sentiments est un signe de faiblesse. Tendres et attentionnés en tête à tête s’ils sont amoureux, ils se transforment en machos dès qu’ils se retrouvent en public. Le nombre de conquêtes va déterminer leur popularité. Pour « jour au dur », les garçons ne montrent pas leurs sentiments, mais vont également plus loin, en échangeant ou en prêtant leurs copines leurs amis. Le phénomène des tournantes devient également un sujet actuel. Bien que les viols collectifs ne soient pas nouveaux et ne se produisent pas uniquement dans les cités, ce terme pour les désigner a fait depuis peu son apparition. Et l’amour ? Selon l’auteur, les histoires d’amour s’en trouvent donc compliquées. Les jeunes, filles ou garçons souffrent alors d’un manque d’amour.
• Argent et respect : Les garçons dans ces cités se doivent d’avoir de l’argent, signe apparent de respect pour les autres. Plus les jeunes auront des signes extérieurs de richesses, plus ils se sentiront respectables et admirables. Ceci a pour effet une montée de l’économie parallèle, à l‘intérieur des banlieues. Avoir de l’argent si facilement leur permet également d’avoir un rôle social et une place. Avoir « de la thune est devenu la nouvelle norme » selon Fadela Amara.
• Tribunal communautaire : selon l’auteur, sa vie a beaucoup été influencé par la peur de sa famille du jugement de ce qu’elle appelle le tribunal communautaire. Ces règles et valeurs tacites qui existent, même si elles ne se disent pas ouvertement, et qui provoque ainsi une restriction de liberté sous crainte d’être jugé par l’entourage.
Liens avec le terrain ou les conférences :
Bien que n’ayant pas traité le sujet des filles et les relations entre genres particulièrement, je peux y voir un lien : la recherche d’une place dans leur entourage. Fadela Amara parle d’argent pour cela. A Meyrin, d’après les professionnels interviewés, les jeunes se cherchent également une place, mais principalement grâce à leur forte identité à Meyrin. Les notions de pluriculturalité, de préjugés, de différences de religion sont des thèmes du livre de fadela Amara que l’on a pu également retrouver lors de notre immersion à Meyrin. La situation des jeunes, bien qu’elle semble plus modérée à Meyrin, peut également engendrer des parallèles. Le chômage, la démission des parents à leur égard, et même, par certains côtés, les difficultés relationnelles garçons-filles, sont des thèmes récurrents dans les deux endroits.
Conclusion :
Fadela Amara est une personne engagée, qui sait transmettre facilement ses idées, ses croyances et ses idéologies au travers d’une écriture claire. En lisant ce livre, j’ai eu l’impression de vivre dans cette cité, tant ses explications et ses exemples semblent réels. On peut très vite remarquer qu’elle connaît le sujet et qu’elles a des pistes d’analyse très intéressantes. Sans tomber pourtant dans le piège de la critique facile ou de rejeter totalement la faute sur les politiciens. Elle parvient également à émettre des critiques construites sur certains aspects de certaines religions, sans tomber dans la généralisation. Son livre contient également des annexes qui permettent de comprendre d’autant plus son combat. En partie grâce à cela, j’ai trouvé ce livre d’une grande richesse. Le thème des jeunes dans les cités françaises étant d’actualité, « Ni Putes, Ni Soumises » permet de visualiser ce qui est réellement, des deux côtés de la barrière (dans la cité et chez les politiciens). Fadela Amara émet de plus de propositions de solutions intéressantes et qui ne semblent pas utopistes. Dans un chapitre du livre, elle parle de la réputation féministe de leur mouvement. On peut voir que quelques hommes participent au mouvement. De plus, elle ne rejette pas la responsabilité de la condition des femmes aux hommes, mais explique le processus qui a amené à cette situation. En résumé, ce livre amène, à mon avis, des problématiques actuelles, des analyses mais également des solutions avec beaucoup de respect et d’intelligence.